psychologue à Buxerolles

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Émilie Chauvet

Psychologue

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Troubles

Le lymphœdème au-delà du corps…

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Le lymphœdème ne touche pas uniquement le corps. Il vient souvent bouleverser le regard porté sur soi, la confiance, les habitudes de vie et parfois même l’identité. Entre visibilité et invisibilité de la maladie, le regard des autres, la perte de contrôle et l’adaptation quotidienne, l’impact psychologique peut être important. Pourtant, une réalité essentielle mérite d’être rappelée : l’estime de soi ne se résume pas au corps.


Le corps occupe une place centrale dans notre rapport à nous-mêmes. Lorsque celui-ci change, gonfle, devient douloureux ou nécessite des soins quotidiens ; l’image corporelle peut être fragilisée. Certaines personnes disent ne plus reconnaître leur silhouette, se sentir limitées dans leurs mouvements ou gênées par certains vêtements, les bandages ou la contention. Le corps devient parfois source de frustration, de fatigue ou de découragement.


Le lymphœdème confronte aussi à une expérience particulière : celle du visible et de l’invisible.

Quand la maladie est visible, elle peut exposer au regard, aux questions, aux remarques maladroites ou au sentiment d’être réduit à son apparence. Certaines personnes cherchent alors à cacher leur corps, évitent certaines activités ou perdent spontanément confiance en elles.

Mais lorsque le lymphœdème est invisible, la souffrance peut aussi être minimisée : « ça ne se voit pas », « ce n’est pas si grave ». Cette invisibilité peut générer un profond sentiment d’incompréhension et de solitude. On peut souffrir sans que cela soit perçu par l’entourage.

A cela s’ajoute souvent une sensation de perte de contrôle.

Le corps devient imprévisible. Les fluctuations des symptômes, les contraintes des soins, la fatigue ou les limitations physiques peuvent donner l’impression de ne plus maitriser son quotidien comme avant. Cette perte de contrôle peut fragiliser l’estime personnelle : non seulement le regard sur le corps change, mais le regard sur soi aussi.

Pourtant, il est essentiel de distinguer image corporelle et estime de soi.

L’image corporelle correspond à la manière dont une personne perçoit son corps, le ressent, le pense: son apparence, ses formes, ses capacités physiques, ce qu’elle aime ou non chez elle. Cette perception peut être influencée par le regard des autres, les expériences vécues, les réseaux, la maladie, le handicap ou encore les changements du corps au fil du temps.

L’estime de soi, elle, est beaucoup plus large : elle représente la valeur que l’on s’accorde en tant que personne. Elle se construit à travers les relations, les expériences, les compétences, les valeurs, la personnalité, la créativité, l’humour, la capacité à aimer, à aider, à traverser les épreuves.

Autrement dit : on peut être en difficulté avec son corps sans perdre toute sa valeur personnelle.

Le risque, avec la maladie, est parfois de réduire son identité à ce que le corps ne permet plus. Pourtant, une personne reste bien plus que son apparence ou ses limitations physiques. L’enjeu n’est pas forcément « d’aimer » chaque changement imposé par la maladie, mais de parvenir progressivement à retrouver une relation plus douce et plus globale à soi-même.

Parler de soi autrement que par la maladie, reconnaitre ses ressources, maintenir des activités qui font du bien, s’entourer de personnes soutenantes ou partager son vécu avec d’autres patients peut aider à reconstruire cette estime de soi.

Car l’estime de soi ne se mesure pas à la taille d’un membre, à une silhouette ou un regard extérieur.

Elle se construit aussi dans la manière dont on continue à vivre, à s’adapter, à créer du lien et à reconnaitre sa propre valeur malgré les difficultés traversées.

Avec le temps, certaines personnes développent, une meilleure écoute d’elles-mêmes, de nouvelles ressources d’adaptation, une relation au corps plus bienveillante, une estime de soi moins centrée sur l’apparence uniquement.

L’enjeu n’est pas forcément « d’accepter » au sens de renoncer, mais souvent de trouver un nouvel équilibre et une manière d’habituer son corps autrement.