Émilie Chauvet
Psychologue
Mots-clés
Troubles
Les troubles moteurs
Quelques idées reçues…
« Si l’enfant a un Trouble Développemental de la Coordination (TND), pas la peine de s’inquiéter, il suffit d’attendre, ça passera en grandissant. »
Le TDC est un Trouble du NeuroDéveloppement (TND) ; il affecte la capacité à planifier, à organiser et exécuter des gestes moteurs importants comme l’habillage, l’utilisation d’outils scolaires, la pratique d’un sport, l’organisation spatiale et bien plus encore. Ce n’est pas un simple retard moteur, c’est une façon différente pour le cerveau de gérer le mouvement. Et ça, cela ne disparait pas par magie ! Attendre que ça passe, c’est risquer de voir l’enfant accumuler les échecs, éviter les situations motrices qui le mettent mal à l’aise ou être mis à l’écart. Le TDC ne se guérit pas mais on peut apprendre à mieux vivre avec. C’est développer d’autres forces. Ce qui aide, c’est le repérage précoce et l’accompagnement adapté en ergothérapie, en psychomotricité, en kinésithérapie et/ou avec des aménagements scolaires.
« Si un enfant avec TDC n’arrive pas à faire ses lacets, il faut juste qu’il s’entraine. »
Dans le TDC, le cerveau n’arrive pas à automatiser certains gestes. Ce n’est pas un manque de pratique ; c’est un TND. L’information motrice est mal transcrite ou mal intégrée. Résultat : chaque geste demande un effort énorme, à chaque fois, comme si c’était toujours la première fois. Dire « il faut juste s’entrainer » à un enfant avec un TDC, c’est comme dire à quelqu’un qui a une entorse de courir un marathon pour se renforcer. Ce n’est pas seulement inefficace, c’est contre-productif. Ce qu’il faut, ce n’est pas plus de répétitions, c’est une autre manière d’apprendre. Il faut surtout un accompagnement adapté (clavier, dictées vocales, chaussures à scratch…), des objectifs réalistes et surtout de la bienveillance. Le but est de contourner la difficulté, de ne pas forcer l’enfant à l’affronter seul. Alors non, pratiquer plus ne suffit pas mais adapter plus, ça change tout !
Que sont les troubles moteurs ?
Vous connaissez peut-être une personne avec des difficultés à réaliser une activité motrice qui pour vous parait facile ; mais cette personne n’y arrive pas ou elle réalise des gestes supplémentaires, répétitifs, qui semblent sans but. Et bien, peut-être que cette personne présente un trouble moteur ?
Les troubles moteurs sont une sous-catégorie des TND dans le DSM 5. Dans cette catégorie, il y a différents troubles à savoir :
- Le Trouble
Développemental de la Coordination (TDC).
On peut le caractériser comme une difficulté à coordonner ses gestes rendant certaines activités difficiles. L’ancien terme pour définir ce trouble est la dyspraxie. Il s’agit d’un terme encore beaucoup utilisé en France que ce soit par les familles, les professionnels de santé ou dans le milieu scolaire. Mais actuellement, le terme de référence est bien le TDC. Ce changement est dû à l’avancée de la recherche et de la conception du trouble.
- Les mouvements stéréotypés.
Ce sont des mouvements répétitifs que l’enfant ne peut s’empêcher de faire comme le fait d’agiter les mains, se balancer ou se mordre.
- Les TICS.
Ils comprennent plusieurs sous catégories de diagnostics dont le syndrome de Gilles de la Tourette, les TICS moteurs ou vocaux persistants et enfin, les TICS provisoires.
Un TIC est un mouvement comme un clignement des yeux ou une vocalisation comme un reniflement qui va être soudain, rapide et répétitif.
Le TDC est le trouble le plus fréquent ; il touche 5 à 6% des enfants entre 5 et 11 ans. Ce qui représente un enfant par classe de primaire.
Volontairement, je ne développerai pas davantage ces troubles. Les psychomotriciens et les ergothérapeutes sont bien plus compétents que moi pour vous les expliquer. J’expliquerai seulement dans un autre écrit ce que sont les TICS puisque je suis amenée à recevoir des patients avec des TICS au sein du cabinet.
Quels sont les impacts du TDC ?
Le TDC peut avoir différentes répercussions sur la vie des personnes. En effet, du fait de leurs faibles compétences motrices, leur faible capacité d’apprentissage moteur, elles présentent un risque important d’avoir une faible estime de soi (c’est la façon dont on se voit, de ce qu’on pense de nous-même). Les personnes avec TDC peuvent dire qu’elles se sentent moins capables, nulles dans la réalisation d’activités motrices. Différentes, elles ont plus de risque de rencontrer des problèmes émotionnels, psychologiques tels que de l’anxiété ou de la dépression. Elles peuvent aussi présenter des difficultés sociales et un isolement venant d’elle-même ou des pairs. Il faut s’imaginer pour les enfants par exemple, qu’un moyen pour se faire des amis dans la cours de récré va passer par la pratique d’activités sportives, des jeux de ballons, de course. On peut imaginer que lorsqu’il va falloir faire des choix d’équipe, les enfants avec un TDC peuvent être choisis en dernier et cela peut être difficile à vivre. Eux-mêmes peuvent donc avoir tendance à s’isoler et éviter d’y participer ou se sentir exclus. Les personnes avec TDC peuvent également présenter des difficultés au niveau scolaire comme avec l’écriture ou dans la manipulation des outils scolaires. Enfin, elles sont plus à risque de développer de l’obésité et avoir une endurance physique plus faible. En effet, du fait de leurs faibles capacités motrices, elles peuvent avoir tendance à éviter les activités physiques comme s’inscrire dans les clubs de sport. Il est donc essentiel de les encourager à pratiquer une activité quotidienne comme la marche, le vélo, la trottinette ou pratiquer une activité sportive régulière dans un club et que cela reste une activité de plaisir pour l’enfant.
En bref, il est essentiel de repérer ces enfants avec TDC, de les diagnostiquer et de les prendre en charge avec des interventions efficaces.
Quels sont les critères diagnostiques du TDC ?
C’est le médecin spécialisé du TDC qui va poser le diagnostic. On compte 4 critères selon le DSM5 :
- CRITERE A : net décalage par rapport aux personnes du même âge dans l’acquisition et la réalisation motrice. Pour valider ce critère, un bilan est nécessaire et est réalisé par un psychomotricien ou un ergothérapeute avec des tests validés scientifiquement.
- CRITERE B : les difficultés motrices détectées par le bilan ont un impact dans la vie quotidienne de la personne.
- CRITERE C : les troubles moteurs sont apparus de manière précoces et non du jour au lendemain.
- CRITERE D : les difficultés motrices ne sont pas dues à un autre trouble comme un trouble neurologique ou de la vision. Des bilans complémentaires peuvent donc être demandés par le médecin.
Le diagnostic de TDC peut se poser à partir de 5 ans mais peut être réalisé avant, vers 3-4 ans si le trouble est sévère. On peut poser également un diagnostic de TDC à l’adolescence et à l’âge adulte.
Comme pour tous les TND, le retour des familles est considéré comme un signe d’alerte majeur à prendre en compte. Et comme pour tous les TND, il y a souvent des troubles associés. Celui le plus souvent associé au TDC est le TDAH. On le retrouve dans 1 cas sur 2 ; c’est-à-dire lorsque une personne à un diagnostic de TDAH, elle a 50% de risque d’avoir un TDC et vice-versa. Le fait de chercher les troubles associés permet de mieux comprendre le fonctionnement et les difficultés de l’enfant et ainsi, d’être au plus près de leurs besoins.
Quel va être le devenir d’un enfant avec TDC ?
Les études montrent que 50 à 70% des personnes qui ont été diagnostiquées d’un TDC pendant leur enfance vont le conserver à l’âge adulte.
Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que les impacts de motricité vont perdurer et vont continuer tout au long de la vie, notamment dans les activités de la vie quotidienne ; c’est-à-dire que les difficultés motrices (critère A) sont présentes et que l’impact sur le quotidien (critère B) sont toujours visibles à ce moment-là de la vie. Il est donc fortement recommandé de mettre en place des interventions le plus précocement possible. Cela va permettre d’éviter des difficultés qui pourraient être de l’ordre de l’estime de soi (raccrochement au niveau scolaire, au niveau professionnel à l’âge adulte et prévenir les impacts au niveau social). Evidemment, les besoins en activité quand on est enfant sont un peu différents que lorsqu’on est adulte. Certaines activités peuvent cependant être utiles tout au long de la vie. Par exemple, être autonome pour lacer ses chaussures est utile quand on est enfant mais bien sûr également quand on est adolescent et adulte. Ce qui est intéressant, c’est que les interventions qui sont recommandées et efficaces durant l’enfance sont exactement les mêmes à l’adolescence et à l’âge adulte.
Mais qu’est-ce qu’on peut dire des 30% environ des personnes qui ont une amélioration à l’âge adulte et qui ont eu un diagnostic de TDC pendant l’enfance ?
On sait que le TDC est un TND ; c’est-à-dire que les connexions particulières vont être conservées tout au long de la vie sur la manifestation de ce trouble ; ici les difficultés motrices mais ces difficultés à réaliser certaines activités peuvent ne plus se voir. Alors pourquoi elles ne se voient plus ? Différents paramètres expliquent cela. D’une part, il peut y avoir une amélioration spontanée du trouble (vrai pour un petit nombre de personnes). D’autre part, parce que les personnes se sont adaptées : elles ont adaptée leur scolarité, leur vie professionnelle, leurs loisirs de manière à ne plus se mettre en difficulté. C’est souvent une stratégie observée à l’âge adulte.
Une des activités qui est souvent problématique à l’âge adulte est la conduite automobile. La littérature scientifique montre que cette activité est plus compliquée à apprendre et à automatiser car il y a beaucoup de gestes. Il y a également la motivation à apprendre. Le plaisir ressenti durant la conduite est en général plus faible chez la personne avec un TDC que les personnes sans TDC. Mais bien sûr qu’il est tout à fait possible pour la personne TDC d’apprendre à conduire ; ça sera juste plus long, un peu plus difficile. Il existe d’ailleurs des interventions ciblées sur cet apprentissage.
En conclusion
Le TDC ne définit ni l’intelligence, ni la valeur, ni l’avenir d’un enfant. Derrière chaque difficulté motrice se trouve souvent un enfant qui fait déjà énormément d’efforts pour s’adapter à un monde pensé pour les automatismes. Avec un repérage précoce, des aménagements adaptés et un accompagnement bienveillant, ces enfants peuvent développer leurs compétences, gagner en confiance et trouver leurs propres stratégies pour réussir. L’objectif n’est pas qu’ils deviennent « comme les autres », mais qu’ils puissent avancer à leur rythme, révéler leurs forces et s’épanouir pleinement dans leur quotidien, à l’école comme dans leur vie future.