psychologue à Buxerolles

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Émilie Chauvet

Psychologue

Mots-clés

Troubles

Obésité et psychologie

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Pourquoi mange-t-on ?

Tous les êtres humains sont confrontés à l’acte de manger mais finalement c’est un acte subjectif car il va être lié à la personne que l’on est, à l’environnement et tout ça, dans ces 3 dimensions ; à savoir :

  • Energétique et nutritionnelle : lié physiologiquement à la personne que l’on est, à l’activité physique que l’on peut faire ;
  • Sociale et familiale : lié au système dans lequel on appartient ;
  • Hédonique : lié à son besoin de réconfort, à ses émotions et à sa notion de plaisir.

 

Qu’est-ce qui se joue dans la prise alimentaire chez l’être humain ?

Ce sont finalement ces 3 dimensions qui se jouent parce que l’acte alimentaire est dès le départ un acte extrêmement social ; puisque le premier acte alimentaire est l’acte de nourrissage. C’est lié à l’attachement, à la problématique de l’attachement à un autre être humain qui va lui apporter une certaine sécurité à assurer sa survie. Par conséquent, dans cet acte alimentaire, c’est à la fois l’individualité, la relation à l’autre et la relation à soi qui vont se jouer.

Comment définit-on le Trouble de la Conduite Alimentaire (TCA) ?

Anciennement, les TCA étaient appelés les Troubles du Comportement Alimentaire. On a changé l’appellation de « comportement » à « conduite » pour davantage englober le processus cognitif et avoir moins focus sur l’aspect comportemental automatique autour de l’alimentation. Les TCA se caractérisent par des perturbations graves du comportement alimentaire, qui sont différentes de l’environnement dans lequel on vit. Effectivement, cette précision est essentielle car l’alimentation est culturelle avec des modes d’alimentation différents en fonction de l’environnement. Les TCA sont des troubles qui peuvent être complexes et sévères, classifiés dans les maladies chroniques (continuum dans le temps). On les retrouve du nourrisson à la personne âgée. Mais majoritairement, on retrouve les TCA sur la tranche d’âge 15-35 ans.

Quel type de TCA peut être présent chez un patient en situation d’obésité ?

En situation d’obésité, on retrouve plusieurs types de TCA. Les chiffres actuels sont environ 30% de TCA chez ces personnes. Majoritairement, on retrouve les TCA qu’on dit en suralimentation comme l’hyperphagie boulimique, le night eating disorder (syndrome d’alimentation nocturne).Mais cela peut être aussi du grignotage compulsif et tous les troubles liés à la restriction cognitive (comportements de régimes avec une augmentation du poids).

A quel professionnel adresser un patient avec un TCA ?

Lorsque la personne a un TCA, il est important de comprendre que c’est une pathologie multifactorielle. Cela nécessite donc une prise en charge multidisciplinaire : médecins nutritionnistes, diététicien spécialisé dans les TCA, psychologue. Par conséquent, il est nécessaire d’apporter un maximum d’informations au patient qui ne connait pas chaque étape (psychoéducation).

Nous pouvons évoquer plusieurs raisons d’une prise en charge psychologique :

  • TCA « comorbide » : amener à la conscience la problématique psychologique et la traiter ;
  • Stigmatisation, grossophobie : problème d’estime de soi, insécurité de soi avec les autres, croyances dysfonctionnelles qui empêchent parfois de s’épanouir.

 

On dit parfois que la maladie « obésité » peut avoir une fonction psychique inconsciente chez le patient. Mais quelle peut être cette fonction ?


LE TRAUMATISME PSYCHIQUE : comme fonction de protection.


Il est indispensable de s’intéresser à l’étiologie de la violence sexuelle chez les TCA, il en est de même dans la population des personnes en obésité. Le surpoids et l’obésité protègent de la sexualité, du regard de l’autre en ne se sentant pas désirable ; ce qui est bien entendu une illusion mais qui est une croyance qui demeure. Ou alors, cela peut être aussi dans des situations où la personne va nous dire « moi maintenant, j’ai besoin de me sentir imposante, impossible à immobiliser, forte, un peu comme une tour dans laquelle je vais essayer de me sentir sécuriser ».

Comment relier les troubles de l’attachement et la maladie d’obésité ?

On peut les relier par l’acte alimentaire en lui-même puisque le 1er acte de l’attachement de l’être humain est le nourrissage ; instinctivement le bébé en naissant va aller s’attacher au sein de la maman de manière à se sentir en sécurité et donc on a bien une liaison entre sécurité et acte alimentaire se faisant dès la naissance. Bien entendu, ce sentiment de sécurité intérieure peut être fragilisé par certaines expériences de vie, difficultés relationnelles ou événements stressants. Cette insécurité affective peut alors influencer la relation à l’alimentation.

Quel est le lien entre un traumatisme de vie et le développement d’une obésité ?

Ce lien passe notamment par la question du TCA, et particulièrement par toutes les conduites dites « dissociantes et anesthésiantes », utilisées par le biais de l’alimentation et qui vont dérégler le comportement alimentaire. Ce dernier devient une stratégie de survie, qui par-delà-même amener des problématiques de poids.

Pourquoi traiter le traumatisme en premier lieu ?

Ce n’est pas toujours le cas. Tout d’abord, parce qu’il peut y avoir des comorbidités somatiques qui sont importantes. C’est la raison pour laquelle, on évalue pour commencer ce qui est le plus vital et qui demande à être pris en charge en premier lieu.

Maintenant, il est certain que la prise en charge du patient dans un cas de traumatisme doit avoir lieu à un moment donné afin d’éviter que celui-ci s’aggrave ou se déplace sur un nouveau comportement. Il est important pour le patient, qu’il soit perçu dans sa globalité et qu’il y ait une liaison qui se fasse entre son comportement actuel et les raisons de son comportement. C’est déculpabilisant pour lui car jusqu’à présent, il se peut qu’il ait été beaucoup centré sur son comportement et sur « son manque de volonté », ou que lui ne se sente pas capable de changer. En mettant en lumière les mécanismes sous-jacents, on lui permet déjà de mieux se comprendre, de mettre du sens dans son comportement.

Quel est le pourcentage de patients avec une obésité de grade 3 qui ont subi un traumatisme dans leur vie ?

Nous ne le savons pas réellement. Maintenant, il y a plusieurs études qui ont mis en lumière les liens ; celle de Felitti parle de 70% de patients qui auraient vécu des ACE, Adverse Chilhood Experience (événements de vie difficile dans l’enfance). On retrouve environ 60% de troubles de l’attachement insecure chez les patients souffrant de TCA.

Dans nos consultations cliniques, nous nous rendons compte qu’il y a une étiologie importante de nos patients en obésité qui ont subi un traumatisme de vie.

Quels types de traumatisme sont les plus fréquents ?

Ce sont les traumatismes dits complexes, répétitifs dans le temps ; plus particulièrement les traumatismes dit développementaux, c’est-à-dire qui arrivent dans le développement et la construction de l’identité de la personne (enfance et adolescence). On y retrouve majoritairement les violences sexuelles.

A quels professionnels adresser un patient après avoir identifié un psychotraumatisme ?

Lorsqu’on a identifié un traumatisme, il faut d’abord passer par une phase de psychoéducation du patient ; c’est-à-dire lui expliquer qui peut prendre en charge le psychotraumatisme. Je pense qu’il est extrêmement important d’aider le patient dans l’orientation de ce qui peut l’accompagner car encore une fois c’est très difficile d’aller parler de ce vécu. Quand on l’a fait une première fois, on n’a souvent pas envie de le faire une seconde fois. Il est donc important que l’on est avec nous une liste d’adressage à jour et un réseau vers lequel adresser. Ce réseau doit comporter des personnes qui sont formées au psychotraumatisme et qui ont des outils : psychologue, psychothérapeute, psychiatre. Il y a plusieurs techniques qui sont validées dans l’accompagnement du psychotraumatisme :

  • EMDR, Eye Mouvement Desensization and Reprocessing ;
  • ICV, Intégration des cycles de vie ;
  • Thérapie de reconsolidation.

Plus les patients ont des informations, plus ils vont aller vers des techniques qui vont leur convenir. Le lien entre le psychologue et le diététicien est essentiel. Personnellement, je laisse la plupart du temps le diététicien travailler avec le patient sur son comportement alimentaire ; afin que je puisse de mon côté travailler avec lui sur les causes, les choses sous-jacentes. Ensemble, nous sommes plus efficaces.

En conclusion

L’obésité ne résume ni à une question de volonté, ni à une simple équation entre apports et dépenses énergétiques. Derrière les comportements alimentaires se cachent souvent une histoire de vie, des émotions, des besoins de sécurité et parfois des blessures invisibles. Comprendre ces mécanismes permet de sortir du jugement pour entrer dans une démarche de soin, d’écoute et de bienveillance. En prenant en compte la personne dans sa globalité (corps, émotions et vécu) il devient possible de construire un accompagnement plus juste, plus humain et durable vers un mieux-être.